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Après les maths, l’anglais : le déclassement silencieux de la France

Published
Oct 13, 2026
Last updated
Oct 13, 2026
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This article is in French.


Le 8 septembre 2026, l’OCDE a publié les résultats de PISA 2025. Pour la France, le verdict est sévère : 458 points en mathématiques, sous la moyenne de l’OCDE (463), en recul de 16 points depuis 2022. Plus d’un élève de 15 ans sur trois (36 %) n’atteint pas le niveau 2, considéré comme le seuil des compétences de base, et la part des très bons élèves est passée de 11 % en 2015 à 5 % aujourd’hui. L’enquête TIMSS, publiée fin 2024, plaçait déjà les élèves français en queue de l’Union européenne en mathématiques, en CM1 comme en 4e.

Ce déclassement-là fait les gros titres. Il en est un autre, plus silencieux, dont on parle beaucoup moins : celui des langues.

38e mondiale, et en bas de l’Europe

Chaque année, l’organisme EF publie un indice du niveau d’anglais des adultes, établi à partir de 2,2 millions de tests dans 123 pays et territoires. Dans l’édition 2025, la France se classe 38e, avec un score de 539. C’est au-dessus de la moyenne mondiale (488), mais parmi les derniers de l’Union européenne, aux côtés de l’Italie et de Chypre, loin derrière les Pays-Bas, premiers du classement.

Cet indice n’est pas une évaluation officielle : il repose sur des volontaires qui passent un test en ligne. Mais il a le mérite de la régularité, et surtout du détail.

Le vrai problème, c’est l’oral

Car c’est dans le détail que le constat devient frappant. Les Français obtiennent 555 points en lecture, 524 en écoute, 500 à l’écrit… et 456 à l’oral. Près de cent points d’écart entre ce qu’ils comprennent en lisant et ce qu’ils parviennent à dire.

Le portrait est familier. Un cadre qui lit sans difficulté un contrat en anglais, mais qui se tait en réunion. Un étudiant qui regarde ses séries en version originale, mais qui bafouille en entretien. La France n’a pas tant un problème d’anglais qu’un problème d’anglais parlé.

Comment en est-on arrivé là ? En partie par construction. Au collège, l’anglais en première langue représente trois heures par semaine, dans des classes de 25,7 élèves en moyenne. Faites le calcul : même si le professeur ne parlait que la moitié d’une heure de cours, il resterait à peine plus d’une minute de parole par élève. On n’apprend pas à nager en regardant les autres nager. On n’apprend pas davantage à parler en écoutant les autres parler.

À cela s’ajoute la peur de l’erreur, que les chercheurs appellent l’anxiété de langue étrangère : la crainte d’être jugé paralyse bien plus à l’oral qu’à l’écrit, où l’on a le temps de se relire.

Une mesure plus officielle arrive : pour la première fois, PISA 2025 a évalué l’anglais des élèves de 15 ans dans 22 pays et territoires volontaires, y compris l’expression orale. Les résultats sont attendus en 2027.

Pendant ce temps, le chômage des jeunes remonte

Ce déficit d’oral n’est pas un détail culturel. Il pèse sur une génération qui en a besoin plus que jamais.

Au deuxième trimestre 2026, selon l’Insee, le taux de chômage des 15-24 ans a atteint 21,6 %, en hausse de 2,5 points en un an, tandis que le chômage global montait à 8,3 %, son plus haut niveau depuis 2020. Et 13,3 % des 15-29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.

À l’échelle de la zone euro, le chômage des moins de 25 ans s’établissait à 15 % en août 2026, selon Eurostat. En Allemagne et aux Pays-Bas, le chômage toutes classes d’âge confondues tourne autour de 4 %, deux fois moins qu’en France. Les méthodes de mesure de l’Insee et d’Eurostat diffèrent légèrement, mais l’écart parle de lui-même.

Les jeunes Français vivent dans un espace de vingt-sept pays où ils peuvent travailler librement. Une partie de leurs opportunités se trouve de l’autre côté d’une frontière, dans une entreprise internationale, ou dans une équipe française dont la langue de travail est l’anglais. En France même, l’anglais est de très loin la langue étrangère la plus demandée dans les offres d’emploi publiées sur Indeed. Pour saisir ces opportunités, comprendre l’anglais ne suffit pas : il faut pouvoir passer un entretien, se présenter, défendre une idée. Autrement dit, le parler.

Le marché a compris : place à l’oral

Les acteurs de l’apprentissage ont pris la mesure du problème. En février 2026, Duolingo a recentré sa stratégie sur la conversation : son appel vidéo avec un personnage animé par l’IA, jusque-là réservé à son offre la plus chère, a été ouvert à environ dix fois plus d’apprenants, et la plupart des exercices peuvent désormais se faire à voix haute. Le coût de ces conversations a été divisé par plus de dix depuis leur lancement. L’application Speak, entièrement centrée sur l’oral, a été valorisée un milliard de dollars, avec OpenAI parmi ses investisseurs.

Le signal est clair. Après des années de quiz et de cartes à retourner, l’apprentissage des langues revient à l’essentiel : parler.

Ce que ça change, concrètement

  • Pour un parent, le niveau d’anglais de son enfant ne se mesure pas à ses notes de grammaire, mais à sa capacité à tenir cinq minutes de conversation sans paniquer.
  • Pour un jeune diplômé, c’est l’entretien en anglais qui fera la différence, pas la ligne « anglais courant » sur le CV.
  • Pour une entreprise, c’est la capacité de ses équipes à prendre la parole en réunion, au téléphone, devant un client, qui compte.

La bonne nouvelle, c’est que l’oral progresse vite quand on le pratique. Un peu chaque jour, à voix haute, avec quelqu’un qui écoute et corrige : exactement ce que l’école n’a jamais eu le temps d’offrir, et ce que la technologie permet enfin. C’est le pari de HelloHai : faire parler, quelques minutes par jour, ceux qui comprennent déjà mais n’osent pas encore.

Sources

  1. Ministère de l’Éducation nationale, PISA 2025 : une baisse des résultats commune à l’OCDE, un relèvement à poursuivre, septembre 2026
  2. OCDE, Résultats du PISA 2025 (volume I), septembre 2026
  3. Euronews, « Une alerte collective : les performances scolaires des élèves français en chute libre », 8 septembre 2026
  4. L’Étudiant, « PISA 2025 : le niveau des élèves français continue de reculer »
  5. DEPP, TIMSS 2023 en CM1, analyse de questions de mathématiques
  6. L’Étudiant, « Étude TIMSS en maths et en sciences : les collégiens français toujours à la traîne »
  7. EF English Proficiency Index 2025, fiche France
  8. Euronews, « Which EU country speaks the best English as a second language? », 4 décembre 2025
  9. Ministère de l’Éducation nationale, Les horaires par cycle au collège
  10. DEPP, Note d’information n° 26.38, août 2026 (taille des classes à la rentrée 2025)
  11. OCDE, PISA 2025 Foreign Language Assessment, présenté par l’université de Jyväskylä
  12. Insee, Informations rapides n° 192, Chômage au deuxième trimestre 2026, 7 août 2026
  13. Eurostat, chômage dans la zone euro en août 2026, repris par Trading Economics
  14. Indeed Hiring Lab, « Langues et emploi », 2020
  15. Reuters, « Duolingo prioritizes user growth over monetization », 26 février 2026
  16. TechCrunch, « OpenAI-backed Speak raises $78M at $1B valuation », décembre 2024
  17. Horwitz E. K., Horwitz M. B. et Cope J., « Foreign Language Classroom Anxiety », The Modern Language Journal, 1986

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